Dimanche de feu au Burkina : Djibo et Sabcé frappés, le peuple debout malgré tout
Une aube fracassée
Il est à peine 6 h ce dimanche 11 mai 2025 lorsque, sur les collines ocre du Nord, Djibo est secouée par une pluie de coups de feu et d’explosions sourdes. Des motos fondent sur les ruelles étroites, des pickup criblés de barbelés déboulent et, en un instant, c’est tout un quartier qui vacille. À l’entrée de la ville, un détachement du Régiment d’Infanterie d’Appui (RIA) est pris pour cible, forçant les soldats à se retrancher derrière un pare-feu de pneus enflammés. Les sirènes hurlent. Les civils paniquent. Bilan provisoire : plusieurs FDS blessés, des maisons incendiées et une population tétanisée par la violence soudaine.
Cette attaque s’inscrit dans la longue série d’assauts qui frappent Djibo depuis plus d’un an, ville assiégée où, en novembre 2023, les insurgés avaient déjà tenté de s’emparer de la base militaire, faisant près de quarante morts parmi les civils et exigeant une riposte musclée de l’armée burkinabè. Mais jamais la peur n’avait semblé aussi proche, aussi personnelle, que ce matin.
Sabcé sous les bombes
À plus de 200 km de là, dans la province de Bam, Sabcé connaît le même fracas. Aux premières lueurs, un groupe armé non identifié attaque le marché central, tirant à tout-va sur les commerçants déjà rassemblés pour la prière du matin. Des blessés jonchent le sol poussiéreux. Les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) tentent de contenir la fureur des assaillants, mais ils sont eux aussi pris pour cible. Les secours peinent à arriver : la route de terre est criblée de nids-de-poule et de barrage improvisés. L’atmosphère est de nouveau lourde à Sabcé, commune rurale de plus de 22 000 habitants selon le dernier recensement, désormais habituée aux tribulations de la guerre qui frappe le Sahel.
Témoignages dans la tourmente
Dans une maison voisine de la grande mosquée de Djibo, Mariam, 32 ans, serre contre elle ses deux enfants : « J’ai entendu d’abord des tirs lointains, puis c’était comme si le ciel s’effondrait. Mon mari est parti aider les soldats ; depuis, je n’ai plus de ses nouvelles. » À Sabcé, le vieux Oumar, la veine de la tempe battante, murmure : « Ils voulaient semer la terreur. Mais nous ne partirons pas ; notre terre est notre sang. »
Partout, les voix oscillent entre la colère et la résignation. Les blessés sont conduits par charrettes au centre de santé local, déjà engorgé par les vagues de violences de ces derniers mois. Les médecins bénévoles, les infirmières volontaires, redoublent d’efforts, pansent les plaies, rassurent les mourants.
L’engagement des Forces de Défense et de Sécurité
Face à ces assauts simultanés, les FDS du RIA et les VDP ont déployé un schéma de réaction éclair : positionner des postes avancés le long de l’axe nord-sud, multiplier les patrouilles aériennes avec les hélicoptères de l’armée de l’air, et lancer des opérations d’encerclement coordonné. Les contre-attaques se sont intensifiées dès la mi-journée : les soldats, appuyés par l’aviation, ont repoussé les assaillants vers les collines environnantes, selon un communiqué officiel. Mais le prix est lourd : au moins cinq militaires et une dizaine de volontaires seraient tombés ce dimanche, selon des sources militaires locales.
Sous le signe de la solidarité nationale
Au cœur de la tourmente grandit pourtant une lueur d’espoir : la solidarité. À Ouagadougou, la Croix-Rouge prépare des convois de vivres et de médicaments. Les transports humanitaires, escortés par les gendarmes, s’apprêtent à rejoindre Djibo et Sabcé dès les premières heures de lundi. Les imams appellent à la prière pour la paix, les associations de femmes tissent des foulards rouges, symbole de soutien aux blessés. Les réseaux sociaux bruissent de messages d’encouragement : « Burkina, debout ! » « Nos héros en treillis, vous n’êtes pas seuls ! »
Un dimanche de douleurs, de larmes et de sang
Ce dimanche restera gravé dans la mémoire collective : deux villes éprouvées, deux régions endeuillées, des familles brisées et des FDS qui paient le prix fort de leur engagement. Mais il portera aussi la marque d’une nation résiliente, déterminée à ne pas se laisser submerger par la violence.
Car, comme le rappelle chaque tragédie, la force d’un peuple ne se mesure pas à la capacité de ses ennemis à le frapper, mais à sa volonté de se relever. En ce matin de deuil, les Burkinabè forgent leur unité dans la douleur – et préparent la reconquête de la paix.
Pensées à Djibo et Sabcé, prières pour nos martyrs, admiration pour nos FDS. Que ce dimanche de sang n’apaise jamais notre soif de sécurité, de dignité et de justice.
Le Paysan de Zoula

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